Monologue de l'archipel

Ça fait des siècles que des humains foulent mes terres.

Depuis tout ce temps, j’en ai brisé des cœurs.


On m’aime, on me déteste, on me rejoint, on vole vers moi, on traverse des Océans pour me (re)voir, on me consacre un budget vacances pour me (re)découvrir et puis…on me quitte.

Comme ça.

Sans un mot, du jour au lendemain.

L’excuse ? « On a vite fait le tour » …


Certains disent m’aimer. Passionnément. Pourquoi partent-ils ? Pour mon bien ? Pour Leur bien ?


« On reviendra » … beaucoup ne tiennent pas parole. On est bien avec moi mais pas prêt à vivre avec moi ?


Les touristes viennent gratouiller de leurs pas mes sentiers d’été.

Les enfants patinent sur mes étangs en hiver, me transformant en pirate éphémère avec les cicatrices laissées sur ma glace. J’ai tant de bonheur à les entendre s’amuser, rire, gagner, perdre, crier, jouer.

J’entends dire parfois que je suis glacial. J’ai, pourtant, tant de chaleur à donner à qui veut bien la ressentir…Je ne laisse personne indifférent. Je suis jugé, critiqué, encensé, sali, vénéré, détesté, maudit, pleuré. J’ai bien des attentions, mais combien me consacrent leur vie ?

Heureusement, il y a des générations d’humains qui se succèdent et me surprennent.

Plusieurs générations reposent en mes entrailles. Eux seront toujours avec moi.


Je me sens comme une rose au parfum envoûtant.

Mes épines éloignent et pour le peu que je vous pique, tel un venin, je vous contamine à vie. Jamais plus vous ne serez pareil.


Durant de nombreuses années, je sentais la morue et bizarrement, c’est à cette époque que j’avais le plus de bouches à nourrir. Comme quoi le parfum…



Texte et photos © Caroline Dujardin

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