Vous avez dit "pirates" ?...Tremblez !

Le 19 septembre 2020, c'était la journée internationale du Parler Pirate. À cette occasion, la maison d'édition a lancé un jeu sur Facebook : inspiré(e) par les illustrations de Piou-Piou dans le Carnet d'aventures avec notre attachant personnage MACAO, imaginez une histoire avec des pirates à Saint-Pierre-et-Miquelon.

Nous avions promis une publication d'un des textes reçus le 15 octobre !


1798…

Le bateau avance très lentement. Il entre dans une nappe de brouillard des plus opaque, un brouillard à couper à la machette. Navigant à l’aveugle, tous les marins se tiennent en alerte sur le pont, à l’affût du moindre signe.

Au plus haut point du mât, à son poste dans sa vigie, BASTONN le moussaillon essaie tant bien que mal de guider l’équipage, les nerfs à fleur de peau.


« J’y vois rien ! combien de temps cette météo va-t-elle durer ?

Une vraie purée de pois ! Surtout ne pas faire chavirer le MOR-ATOI ! »


Jusqu’à aujourd’hui, le sort avait porté chance au « MOR-ATOI ». Les cales regorgeaient de trésors volés lors des escales : ici, dans les poches des notables, là, en pillant d’autres navires croisés sur son passage. En ce mois de septembre 1798, le terrifiant navire MOR-ATOI a maintenant mis les voiles vers l’Atlantique Nord, au sud-est des côtes de Terre-Neuve, l’une des dernières escales avant de repartir passer l’hiver dans les eaux plus clémentes des Caraïbes.

L’équipage l’a bien mérité ! les marins éreintés avaient bourlingué sur les mers et océans en semant terreur et désolation, ne laissant aucune chance à ceux qui croisaient leurs routes.


Pendant ce temps, non loin de là, proche de l’Isthme de Langlade, MACAO se laisse bercer sur son embarcation baptisée « COQUILLE 975 », rêvassant le ventre repu, digérant les dizaines de poissons qu’il avait gobé à l’aube.


Il connait un coin de l’Isthme où les lançons et les capelans nagent en bancs juste avant le lever du jour. MACAO adore sortir seul en mer pour regarder le soleil renaître chaque matin à l’horizon, voir s’évanouir la brume, pendant que les habitants de l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon dorment encore.

Mais une étrange sensation s’empare de MACAO :

« J’entends du bruit…Qui ose venir troubler ma quiétude ? Quel est ce remous sur l’eau ? »


OH ! GRAND JAMAIS, il n’est dérangé à cette heure si matinale... Tous les habitants de l’archipel dorment encore sur leurs deux oreilles.

D’autant qu’aujourd’hui les pêcheurs ne sont pas sortis avec cette météo exécrable, on ne voit pas à cinq mètres ! trop dangereux de sortir en mer !

« J’ai un mauvais pressentiment » ! Il faut que j’aille voir ! »


Vous ne le savez pas, mais MACAO est doté d’un don naturel.


« Macareux-moine que je suis, je sors par tous les temps, toutes les températures. Je sais nager, voler, marcher et je n’ai peur de rien ni de personne. J’ai un flair et une vue à toute épreuve. Je suis le gardien de mon archipel. »


Et voilà MACAO, attisé par la curiosité, parti à la rencontre de cet inconnu dans le pire des brouillards. Dans la pénombre, il rame vers ce bruit sourd qu’il entend au lointain.


« Mais qu’est-ce que c’est que cet immense objet qui flotte sur l’océan ? Quel genre d’oiseau possède trois grandes ailes verticales qui pointent vers le ciel ? Il faut que je m’approche, incognito. Heureusement que ma longue vue ne me quitte jamais ! ».


La barque navigue silencieusement, coup de rame après coup de rame. MACAO est si proche de l’engin qu’il peut sentir une odeur nauséabonde de légumes pourris, de viandes avariées ! Il pense même que c’est un bâtiment à la dérive. Il est presque arrivé, il avance le plus silencieusement possible, CHUTTT !

Devant lui, surgit un immense navire en bois, de couleur noire.

Ce n’est pas un oiseau qui se dresse devant lui mais trois grandes voiles noires. Un drapeau, orné d’une horrible tête de mort est accroché à la proue du bateau.


HIC, HICC, HICCCC ! retient dans son bec MACAO, au SEC…

C’est un BATEAU PIRATE !


Il observe les pirates qui s’activent sur le pont. À bâbord, à tribord, des marins scrutent l’horizon, ils regardent au-delà des vagues pour avancer dans cette purée. Il y a même un matelot perché au plus haut point du mât central.

Heureusement MACAO sait se faire invisible, personne n’a remarqué sa présence. En silence, il fait le tour du navire afin de mesurer l’ampleur du danger.

A cette allure, le bateau pirate accostera au port au plus tard dans deux heures.


« Vite, il faut que j’aille avertir les habitants ! »


Tant-pis pour la barque, MACAO l’abandonne sur place. Il la retrouvera même si elle dérive. Il s’envole aussi vite qu’il peut vers la côte. À bout de souffle, il court ameuter la population.


OH Hé ! OH Hééé ! hurle-t-il REVEILLEZ-VOUS ! Nous allons être attaqués ! Un GIGANTESQUE bateau pirate arrive droit sur l’archipel ».


Il cogne à toutes les portes, alerte les habitants.


« Là-bas sur l’océan, un bateau pirate arrive ! Je l’ai vu de mes propres yeux ! il sera ici dans moins de deux heures… Il faut de toute urgence actionner notre plan de défense ! »


En moins de vingt minutes, hommes et femmes sont sur le pied de guerre. Les plus vulnérables et les enfants encore engourdis de sommeil s’enfuient vers Miquelon, la partie de l’archipel la plus sûre. Ils courent se cacher dans les abris construits en cas de danger…Quant aux marins, ils foncent vers la côte pour actionner les pièges placés au fond de l’océan en cas d’invasion. De gigantesques barres de fer s’élèvent de l’eau, affutées comme des lames de sabre. Sur le port, d’autres gardiens ont sorti les canons. Tous sont en place pour affronter l’ennemi.


Le bateau pirate avance, en faisant le moins de bruit possible, alors que le jour commence à poindre. Peut-être que le brouillard va s’évanouir par la même occasion.


BASTONN, en haut du mât croit apercevoir une ligne sombre à l’horizon,

« TERRE ! Crie-t-il. Je crois voir la terre ! ».

PETARRA, le capitaine et ses matelots se précipitent à la proue :

« Droit devant ! Allons-y, à l’assaut ! »


"Nous sommes prêts à livrer bataille !" s’entendent les Saint-Pierrais et Miquelonnais ! « Activons notre plan ! » MACAO part en éclaireur à la rencontre du navire.

Bien sûr de lui, PETARRA ne fait pas attention à cet oiseau multicolore qui vole et tourne au-dessus du « MOR-ATOI ». Pas d’alerte, un Macareux-moine qui vole au-dessus de la mer présage bien que la terre est proche !


« En avant toutes ! Suivons cet oiseau, il nous guidera dans le brouillard ! »


MACAO jubile, le plan fonctionne. Il les emmène aussitôt vers la baie entre Langlade et Saint-Pierre ou les pièges, bien en place attendent l’envahisseur. Nulle embarcation n’a jamais passé à travers ce barrage, savamment étudié pour couler les engins qui tenteraient de passer malgré tout.

Ils attaqueront par surprise… Les pirates sont attisés à l’idée de bientôt arriver. L’ultime assaut avant la trêve. Toutes voiles tendues, le navire accélère, certain d’accoster sur l’archipel pour dépouiller les habitants encore bien au chaud dans leurs lits.

« ALERTE ! ALERTE ! crient les gardiens derrière les barricades, tenez-vous prêts ! attendons le signal de MACAO ! » 

Par-dessus les vagues, MACAO dessine de grands huit dans le ciel : c’est le signal pour livrer bataille !


BADABOOM ! BOUM ! BOUMM ! PAN ! PIZZZZZ…. Résonnent des tonnerres de bruits assourdissants dans le ciel, les canons tirent leurs boulets vers le bateau pirate. Un vrai feu d’artifice !

C’est la panique à bord, les marins surpris ne sont pas au bout de leurs peines... MACAO attire le bateau droit vers les pics.

« En arrière toute, s’époumonent les pirates, ARRIEREEE toute !!! nous allons nous FRACASSERRRRR ! ».

Mais il est déjà trop tard, dans sa course infernale, le « MOR-ATOI » fonce sur les lames. Il se transperce de chaque côté, découpé dans toute sa longueur.

Les pirates pris de panique, courent, crient en tirant anarchiquement dans toutes les directions. Les balles fusent de toutes parts. Des balles perdues atteignent même leurs coéquipiers, la terreur s’est emparée d’eux. En même temps, les boulets de canons enflamment les voiles, percent la coque, détruisent les canots.

Décarcassé le « MOR-ATOI » sombre au fond de la baie emportant avec lui ses trésors et ses pirates. Il ne reste bientôt plus qu’à la surface quelques débris de bois flottant et une immense fumée grise qui s’élève dans le ciel en témoignage éphémère de la bataille.

Sur la terre c’est l’effervescence.

« On a GAGNEééé ! s’écrient les habitants. Notre plan a fonctionné ! grâce à MACAO nos vies sont sauves ! »

Les anciens, les malades, les enfants revenus de leurs cachettes explosent de joie, sautent, dansent, se congratulent.

« MERCI MACAO, MERCI ! Tu es Notre GARDIEN, Notre SAUVEUR ».

Pas peu fier de lui, il s’exclame :

« Je suis un Macareux-moine, répond-il. Moi, MACAO, je veille sur l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon.»



Le soir, une grande fête est organisée en son honneur. Les habitants le remercient, saluent son courage et son habileté. Tous décident qu’une grande statue sera construite à son effigie à l’entrée du port et qu’ainsi, tous se rappellent que leur « Perroquet des mers » est le protecteur de Saint-Pierre et de Miquelon.

Après avoir festoyé une bonne partie de la nuit, les habitants de l’Archipel rentrent chez eux, fatigués mais le ventre bien rempli et le cœur joyeux.




MACAO satisfait d’avoir une nouvelle fois sauvé ses amis pense que le temps est venu également pour lui de retourner à sa quiétude, bien content de retrouver sa merveilleuse « COQUILLES 975 » récupérée au large.

Avant de sombrer lui aussi dans un profond sommeil, mais toujours aux aguets, il survola une fois encore les alentours s’assurant que son bel archipel et que ses amis soient bien en sécurité.

Enfin le silence et la quiétude étaient retrouvés…

L’Archipel Saint-Pierre-et-Miquelon peut se reposer sur ses deux oreilles.


« Pilleurs, voleurs, envahisseurs…

Prenez-garde à notre Gardien MACAO ! »


Pascaline F, octobre 2020

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